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Ciné Citoyen Dimanche 20 Nov 17Hrs Cinéma l’Oustral à Auterive

02 Nov

affiche ciné citoyen nucléaire.pdf

En ce samedi 18 juin 2011, après avoir laissé mon véhicule au Ramier, je me dirige vers la station de métro la plus proche .
Alors que je grimpe dans la rame à Palais de justice , je souris en mon fort intérieur.
En effet 2 ans après le procès théâtralisé de l’argent devenu roi du festival Camino, je m’apprête à retrouver certains des protagonistes à l’occasion d’un autre procès citoyen.
Répondant à l’appel des Amis de la Terre et du Réseau « Sortir du Nucléaire » je descends à la station Compans Caffarelli et dirige mes pas vers la Chapelle.

La Chapelle , haut lieu de l’éducation et de la culture populaire à Toulouse que j’avais découvert à l’occasion d’une soirée « Tout Brassens ou presque » puis d’une représentation mémorable et à guichets fermés de la conférence gesticulée par la Scop le Pavé de « travailler moins pour gagner plus ».
Un de ces lieux où la parole citoyenne sait se faire entendre.

En remontant la rue Danielle Casanova je me surprends à fredonner  » non les braves gens n’aiment pas que… »
A peine franchi la porte qui mène au jardin de la Chapelle , je fais silence . A ma droite une banderole  » in mémorial Tchernobyl 25 ans « au milieu d’une forêt de croix sorties de terre.
Sur chacune un portrait et un nom , celui des liquidateurs surnommés dans le jargon de l’industrie nucléaire :  » Viande à rems » .
Sur une pancarte les mots d’Igor Kostine, reporter photographe, qui pendant 10 ans témoigna en images au prix d’une santé précaire.
« Personne ne sait ce que sont devenus les liquidateurs. Beaucoup sont morts.Beaucoup sont malades.Des officiers comme des simples soldats .Les grands comme les petits.La radioactivité ne fait pas de différence entre un caporal et un général ».
Je me dirige vers le bar afin de me remettre de ces premières émotions et de prendre ma place dans le public qui a rempli la salle.

La cour s’avance alors et c’est parti pour une véritable pièce de théâtre de cinq heures jouée à guichets fermés devant un public où le spectateur devient acteur.

Extraits.

Acte 1:Le nucléaire n’est pas une solution viable.

Le président appelle à la barre ( en différé et en vidéo depuis les studios de France Inter) Anne Lauvergeon : ex-directrice du Directoire d’Areva

A.L. Le Nucléaire assure notre indépendance énergétique…
L’énergie nucléaire ce n’est pas cher..
.

Hubert Cros , ingénieur « expert dans les technologies de l’énergie » cité par la défense rétorque.

H.C. 100 % de l’uranium est importé
Depuis ses débuts les études et les investissements dans le nucléaire ont été payés par le pays et EDF se contentait de faire payer le coût de fonctionnement.Les coûts de démantèlement et de traitement des déchets sont très largement sous-estimés…

Conclusion : le nucléaire est une énergie du passé qui n’a pas d’avenir.

Acte 2: Le nucléaire est un péril pour nos sociétés et l’humanité.

Le Procureur décide d’examiner l’état de nos anciennes mines et demande la venue de Jean Pierre Minne , administrateur du réseau Sortir du Nucléaire , à la barre.

Le Greffier :  » A la barre. Ah Minne ! Et que ça saute… »

J.P.M. :  » Plus de 220 sites d’extraction ont été exploités sur 25 départements et plus de 70.000 tonnes d’uranium ont été extraites entre 1946 et 2001. L’uranium est d’abord utilisé à des fins militaires et de recherche. Les principaux gisements se situent dans le Limousin, le Forez, la Vendée, la Lozère, l’Hérault. Les résidus d’extraction, les stériles aboutissent dans les cours de ferme, les parkings de stade, de sites touristiques, dans les cours de récréation… »

« La demi vie des substances radioactives est de 8 jours pour l’iode131, 30 ans pour le césium 137, 84000 années pour le plutonium 239, quant à l’uranium 235 elle s’élève à 700 millions d’années. »

La scène 3 de l’acte 2 pose la question  » Y a-t-il un nucléaire civil ? »

Le Procureur répond à cette occasion au Président qui rappelait que ce procès n’était pas celui du nucléaire militaire. Toutefois les programmes militaires et civils ont été lancés en même temps et un seul organisme, le Commissariat à l’Energie Atomique, a été créé pour mener à bien le développement de ces deux programmes.

Conclusion : Le nucléaire n’est pas seulement un problème environnemental et sanitaire, il est l’héritier de l’armée et du secret. Pas de rapport entre nucléaire civil et militaire vous dirons les nucléocrates….
3 générations de japonais ne sont pas de cet avis… Aujourd’hui le grand corps des Mines, véritable état dans l’état est à la tête d’AREVA , du Centre à l’Energie Atomique, des organismes de contrôle (Autorité de Sureté Nucléaire et Directions Régionales à l’Industrie).

Je profite de la pause pour retrouver le soleil dans le jardin de la Chapelle.

Alors que je tente de mettre un peu d’ordre dans ces mots et ces images fortes qui se bousculent dans mon esprit, le souvenir d’une balade dans les Pyrénées ariégeoises me revient à la mémoire.
C’était au Cap du Carmil par une de ces journées d’arrière saison au cours de laquelle sous un ciel d’un bleu sans nuage, les sommets enneigés d’Andorre au Valier s’offrent à votre regard au point qu’il vous semble qu’il vous aurait été possible de les tutoyer en étant un tant soi peu plus matinal en ce dimanche. A l’heure de la pause casse croute, des Mérens s’étaient invités pour partager notre pitance de manière insistante. Le plus hardi d’entre eux allant même jusqu’à plonger son museau dans le sac à dos posé ouvert sur le sol à la recherche d’un sandwich ou d’une pomme. Alors que je me levai pour rappeler à l’animal les règles de la bienséance, je quittai du regard la chaine des sommets qui s’offrait plein sud. C’est alors que dans le ciel d’azur mon attention fut attirée par une fumée s’élevant au loin dans la plaine au Nord-Nord Ouest. Les jumelles m’en précisèrent l’origine. Elle sortait d’une énorme cheminée dont on me confirma par la suite qu’il s’agissait de celle de la centrale de Golfech. Un sentiment étrange s’empara de moi. J’étais passé en l’espace de quelques secondes d’un état de béatitude que vous procure le sentiment d’être sous la protection de dame Nature à un cruel rappel à l’ordre des menaces de notre monde « civilisé ».

Acte 3 :Le lobby du nucléaire dénigre et combat les scénarios de sortie du nucléaire.

Ecoutons l’un de ses membres les plus actifs lors de son passage à Gravelines un mois et demi après la catastrophe de Fukushima.

N.S commercial chez AREVA :  » on a pas le droit de jouer sur des peurs moyenâgeuses pour remettre en cause la puissance de notre pays. »

En réponse :

Martin Leers, photographe militant du Réseau Sortir du Nucléaire…

« …Sortir du nucléaire c’est possible et cela passe en premier lieu par d’importantes économies d’énergie principalement dans les secteurs tertiaire et résidentiel .
Il convient également de développer une production d’électricité sans nucléaire et la cogénération qui permet de décentraliser la production en améliorant les rendements.
Deuxièmement, développer les énergies renouvelables disponibles aujourd’hui pour une utilisation massive… »

Conclusion : Contrairement à ce que prétendent les promoteurs de l’atome, le risque zéro existe: c’est quand il n’y a pas de nucléaire.

A ce stade les images et les mots de ce procès se suivent et se bousculent comme un alphabet en folie : Mort, Nucléaire, Oubli, Progrès…
Mais avant de vous livrer la sentence de ce tribunal populaire composé de spectateurs et réuni dans le secret le moins absolu près du bar, je dois vous avouer que si j’ai pu retracer brièvement quelques instantanés de cette journée c’est grâce à l’aide de notes prises le jour de cet appel du 18 juin et en relisant le compte rendu paru dans le n°51 de la revue Sortir du Nucléaire parvenu dans ma boite aux lettres grâce au parrainage d’un couple d’amis.

En revanche, reste gravée dans ma mémoire l’image de ces deux femmes dont le passage sur scène me fit venir le cœur au bord des yeux.

Celle de Morgan Rueff, chanteuse, qui a effectué des séjours prolongés dans la région de Tchernobyl , portant la vie.
Un porte bébé hamac sur la poitrine, comprimant son diaphragme mais ne parvenant pas à endiguer la complainte ukrainienne s’élevant dans la Chapelle.

Celle de Pauline Roy qui dans un silence de cathédrale ouvre le livre de Svetlana Alexievitch : La supplication – Tchernobyl. Chronique du monde après l’apocalypse à la page 89.

La couronne de la création.

 » Ma fillette… Elle n’est pas comme tout le monde. Quand elle aura grandi, elle demandera: « Pourquoi ne suis je pas comme les autres? »
A la naissance, ce c’est n’est pas un bébé, mais un sac fermé de tous les cotés, sans aucune fente. Les yeux seuls étaient ouverts. Sur sa carte médicale, on a noté:  » Née avec une pathologie multiple complexe : aphasie de l’anus , aplasie du vagin , aplasie du rein gauche… » C’est ainsi que l’on dit dans le langage scientifique, mais dans la langue de tous les jours, cela signifie :pas de foufoune , pas de derrière et un seul rein.
Au deuxième jour de sa vie, je l’ai portée jusqu’au bloc opératoire…Elle a ouvert les yeux et elle a souri! Les bébés comme elle, ne survivent pas: ils meurent tout de suite. Mais elle n’est pas morte parce que je l’aime.

En retranscrivant ces mots ma gorge se noue et je sens monter en moi la colère.
Tout comme Nadia Terni, poète, je refuse de m’extasier sur la conquête de l’univers, sur les grandes aventures de l’espace, ou bien sur la magie de la nouvelle mathématique, tant qu’il y aura au monde un enfant aux yeux de peur, aux yeux de froid, aux yeux de soif… un enfant qui s’en va sans avoir rien compris. Quelque part un homme est mort par omission, et nous sommes tous des assassins.

Difficile de reprendre le fil de ce procès après ces mots, mais portée par la parole de Patrick Jimena et François Plassard, la seule énergie qui vaille, l’énergie citoyenne, finit par s’imposer à l’heure du jugement.

66 ans après l’explosion de la première bombe atomique à Hiroshima, les jurés après avoir écouté et délibéré dans le nécessaire anonymat de ce procès historique prononcent cette sentence :

 » Bannissement du nucléaire de la planète Terre. Libération des énergies renouvelables au service du bien public et d’une société sobre,solidaire et joyeuse! »

Quatre mois ont passé depuis cet événement.

Et si pour que ça change on reprenait au début : Alternatives, Bonheur, Citoyen, Débattre

Ce sera au sud de Toulouse, le dimanche 20 Novembre à 17 h au cinéma l’Oustal à Auterive pour un Ciné Citoyen ( programme en annexe)..

Venez nombreux pour Morgan, Igor, Svetlana et tous les anonymes d’Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl et Fukushima et pour les générations à venir.

Christian LEBEAU.

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Publié par le 2 novembre 2011 dans Agenda, Non classé, Nucléaire

 

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